Pour celles et ceux qui connaissent le Building Information Modelling (BIM), nous savons à quel point il contribue directement à une gestion plus efficace du patrimoine. C’est une information destinée à être consultée et actualisée en continu. Mais cette pensée n’est pas partagée par tous.
Certains ne pensent au BIM que trop tard, longtemps après la nomination des consultant en design, parfois même, une fois la construction déjà lancée. Ce faisant, ils réduisent le BIM à un simple exercice de conformité, et la valeur qu’il peut apporter s’oublie rapidement, laissée à languir dans un ‘tiroir numérique poussiéreux’ métaphorique.
Alors, comment éviter que cela ne se produise ? Comment convaincre les équipes d’aborder le BIM autrement ? Et comment faire en sorte que le BIM occupe enfin une place centrale sur le bureau du gestionnaire de patrimoine ?
D’une certaine manière, la réponse est simple : il s’agit de faire en sorte que le BIM fasse partie du processus de planification dès le tout début, plutôt que d’être réintroduit plus tard comme une idée de dernière minute ou du bout des lèvres pour un soi‑disant besoin. Si l’on réduit tout à l’essentiel, il s’agit de fournir des données structurées qui permettront au client de prendre, par la suite, des décisions mieux informées.
L’analogie de l’étiquetage alimentaire
Prenons l’analogie des étiquettes alimentaires que nous voyons chaque jour dans les supermarchés. Pour comparer un produit à un autre, nous regardons souvent le système de couleurs : le “feu tricolore”, indiquant la teneur en sel, en sucre, en calories, en matières grasses, etc., afin de déterminer celui qui répond le mieux à nos besoins. Ces informations sont présentées dans un format standard, immédiatement reconnaissable et compréhensible, ce qui rend la comparaison infiniment plus simple.
Transposons maintenant cette logique au cadre bâti. Si nous comprenons dès le départ les données que nous cherchons à collecter et que nous les présentons dans un format standardisé, compris de tous, cela permet au final, de prendre de meilleures décisions sur la manière de gérer les actifs de nos bâtiments.
Si l’on pousse cette logique plus loin, poser les bonnes questions dès le départ et comprendre les objectifs du client est la clé du succès. Et ces objectifs peuvent être très spécifiques. Est‑il important, par exemple, pour le client de comprendre rapidement et facilement le carbone incorporé ? Les données relatives aux installations d’eau stagnante sont‑elles essentielles pour évaluer le risque de légionellose ? Comprendre ces objectifs et anticiper les risques influence directement le résultat BIM, et cela s’obtient bien mieux grâce à une implication précoce que de manière rétrospective ou via un ensemble de standards génériques qui ne reflètent pas les particularités de l’activité du client.
Un cas récent illustre parfaitement ce point. Au sein du patrimoine d’un client, de nouveaux câbles de données ont été installés en réutilisant les chemins de câbles existants, mais sans aucun relevé des types de câbles déjà en place. Résultat : les nouveaux câbles ont commencé à interférer avec les anciens, provoquant d’importantes perturbations opérationnelles. En engageant avec le client dès les premières étapes du projet suivant, nous avons pu comprendre les difficultés opérationnelles et fournir, dans les modèles 3D, des données de labellisation claires pour les chemins de câbles. Il s’agissait d’informations spécifiques, réellement utiles pour le client, qui en a été ravi, bien plus que par des pages et des pages de données sans véritable utilité. Cela montre à quel point la solution peut être simple, et combien de temps et de coûts peuvent être économisés.
Comprendre ce qui crée de la valeur
Pour résoudre ce problème et éviter que les données ne finissent dans un “tiroir numérique poussiéreux”, il faut comprendre dès le début d’un projet ce qui crée réellement de la valeur. Nous devons savoir comment capturer les informations qui sont essentielles pour l’activité du client et les présenter de manière compréhensibles et exploitables. Là encore, la réponse est relativement simple. Il s’agit d’être cohérent dans la manière dont les actifs sont classés et nommés, afin qu’ils puissent être compris à l’échelle de l’ensemble du patrimoine. Leurs noms doivent correspondre, et les informations ne doivent pas être dispersées dans plusieurs systèmes hétérogènes, mais rassemblées dans un environnement de données commun unique.
En vue de tout cela, il est facile de comprendre pourquoi les données issues du BIM peuvent se retrouver abandonnées dans un tiroir numérique à prendre la poussière. Mais cela n’est pas nécessaire, et ne devrait pas l’être.
Certains le font déjà. Par exemple, certains organismes de financement du secteur public exigent le BIM et la présence d’un responsable BIM côté client dans leurs critères de financement, ce qui place le BIM au cœur des discussions dès le départ. Cela permet de poser immédiatement les bonnes questions et de garantir que les données finales soient utiles et pertinentes pour le client, évitant ainsi qu’elles ne finissent dans ce fameux tiroir numérique. Pour que la véritable valeur du BIM soit reconnue, il faut que davantage de clients et d’organismes de financement adoptent cette approche.
La première étape consiste à prendre un moment de recul et, dans la phase stratégique initiale de tout projet, à se demander quelles données seront réellement utiles au client pour gérer son patrimoine de manière sûre et efficace pour les années à venir. Il s’agit ensuite de veiller à capturer ces données dans un format commun et pérenne. C’est ce qui nous permettra d’avancer vers un avenir où le BIM ne prendra plus jamais la poussière.
Par Trevor Strahan, Directeur BIM, BakerHicks